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Réflexion sur les pourboires

La saison de l’été semble bel et bien s’installer. Qui dit été chaud et journées ensoleillées dit également des terrasses de cafés et de restaurants bondées.

Parallèlement, étant en pleine planification de voyage pour cet automne et le printemps prochains (nous aimons voyager hors-saison autant que possible), je me frappe à nouveau à cette différence culturelle flagrante dans la tarification de la restauration en Europe, versus en Amérique :

Le prix que je vois sur le menu, c’est le prix final sur ma facture. Toutes taxes et pourboires sont compris.

J’estime qu’il est légitime de se demander pourquoi, ici, on aime tant avoir la surprise des taxes et des pourboires de service seulement une fois l’addition arrivée.

Exclure les taxes, une question de marketing?

Bien honnêtement, la seule raison que je trouve est marketing. On veut inciter le client à acheter plus, pendant qu’il ne fera l’addition mentale que de ce qu’il commande avant taxes et service. Un peu comme les paiements de voitures dans les publicités, au lieu du prix total de la voiture.

Je me souviens d’une époque passée où je travaillais pour une entreprise manufacturière comme coordinateur marketing, et que nous préparions le lancement d’un catalogue dans plusieurs langues et pays. Pour l’ensemble des pays européens, les taxes à la consommation (ou plutôt de valeur ajoutée) devaient être incluses et affichées dans le catalogue à même l’étiquette de prix du produit. Par exemple, ici, on afficherait 1000$+tx. Là-bas, on afficherait 1000€ TTC (toutes taxes comprises).

Les pourboires, pourquoi ne pas les inclure

C’est en voyageant un peu qu’on réalise à quel point le pourboire est une notion très américaine du service. En plus, on dirait qu’on ne cesse de multiplier les lieux où l’on en demande. Ce n’est plus un complément de revenu en remerciement du service, c’est carrément devenu une part de la rémunération de l’industrie de service, dont la définition et les attentes se sont élargies dans les dernières années.

Tout le monde tire un peu son bout de la couverture. Les compagnies de cartes de crédit et les entreprises de terminaux de paiement bénéficient grandement d’une addition plus grande, car elles font toujours une commission basée sur un pourcentage déterminé des transactions. Ce peut être 2%, 3%, ou même plus.

Pas surprenant qu’une compagnie comme Mastercard opérait à 76% de marge brute, au trimestre se terminant en mars 2024, et à une marge nette de 47%! Une fois les systèmes en place, les revenus nécessitent peu d’efforts et de dépenses pour la compagnie émettrice.

Un modus operandi?

On va se le dire franchement, beaucoup de revenus de pourboires ne sont pas déclarés. Pire, c’est complètement assumé, banalisé et répandu, et on peut tout le monde accepte d’y participer, même si ce n’est pas non plus le seul métier qui bénéficie de cette omerta.

Il y a quelques mois, j’ai eu une discussion qui ressemblait presque mot pour mot à celle décrite dans le premier texte qui a fait connaitre Pierre-Yves McSween, publié en 2010 pour La Presse. La serveuse était convaincue qu’elle n’avait qu’à déclarer 8% de pourboires «parce que tout le monde fait ça». La vérité c’est que, non, il faut déclarer l’ensemble de ses revenus, même ceux payés comptant.

Payer comptant pour « sauver des taxes » a un impact bien plus profond qu’on ne le croit. Au-delà de l’impôt manquant, c’est l’ensemble des programmes sociaux et fiscaux basés sur le revenu net qui sont affectés. Imaginons que vous ayez gagné 60 000 $, mais que vous n’en avez déclaré que 40 000 $. L’État considérera votre situation moins favorable qu’elle ne l’est réellement, car vous prétendez avoir un revenu total de 40 000 $. Cela affecte directement les bénéfices sociaux auxquels vous pourriez être éligible. Cette pratique va au-delà de simplement payer moins d’impôts ; c’est essentiellement demander à vos concitoyens salariés de subventionner la partie de votre revenu non déclarée. En conséquence, cela mine non seulement l’équité fiscale, mais aussi la solidarité sociale sur laquelle repose notre système collectif.

Oui, les transactions par cartes et l’élimination progressive de l’argent comptant encadrent mieux ces pratiques, mais en dehors de l’aspect d’évasion fiscale socialement acceptée, mais je m’égare un peu de la prémisse de cet article :

Pourquoi les frais de service ne sont-ils tout simplement pas inclus, avec les taxes aussi, sur les prix de notre menu?

Espérons, mais sans attente

En incluant taxes et service à même les prix du menu, on ferait d’une pierre plusieurs coups.

On réduirait le risque d’évasion fiscale pour les transactions comptant.

On réduirait l’effet de surprise lorsque l’addition arrive après le repas.

On augmenterait la stabilité des revenus et les avantages sociaux, tels que les congés payés (comme le « 4% » de vacances), les cotisations aux régimes de retraite, à l’assurance parentale, au chômage, et autres. Ces avantages accompagnent un salaire déclaré plus élevé pour les travailleurs de l’industrie de service, leur offrant une sécurité financière accrue et une meilleure qualité de vie.

On éliminerait également ce moment gênant où l’on doit déterminer ce que valait le service rendu et le jugement qui l’accompagne si on n’a pas donné «assez».

Malgré tous ces aspects positifs que cela pourrait amener, changer les choses acquises est rarement politiquement gagnant. Pour l’instant, je ne vois pas venir le jour où cela se concrétisera ici, mais gardons espoir.


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Source :

Illustration : Généré avec l’IA ∙le 5 juillet 2024 à 3:02 p.m., avec Microsoft Copilot Designer, sous la commande : «Create a whimsical paper collage diorama with a purple and white palette, lit warmly at sunset. Use a soft depth of field effect. Show a picturesque terrace scene in Vieux Montréal, with tables set for lunch. Illustrate a waiter attentively taking orders from cheerful diners enjoying the sunny ambiance. Add details like colorful umbrellas and flowers on the tables.»

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