Il faut un village pour élever un frugaliste
- Antoine Denis
- il y a 5 jours
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Pour une deuxième année consécutive, j’avais marqué ma fin de semaine au calendrier des mois à l’avance. Je savais que, soit cette fin de semaine, soit la suivante, aurait lieu le prochain BBQ annuel de la communauté FIRE, organisé par Jean-Sébastien Pilotte et sa conjointe Van-Anh. Ayant manqué 2 des 3 éditions précédentes, tombées les fins de semaine où j’étais généralement occupé à gauche et à droite, je voulais cette fois prioriser délibérément cet événement.
Un événement qui a probablement l’air de rien vu de loin. Un rassemblement d’une douzaine de personnes qui devient rapidement une centaine en l’espace de quelques heures, une banderole « Jeune retraite » en lettres découpées à même des boîtes de papier hygiénique. Un passant aurait eu raison de repasser plusieurs fois, les yeux plissés, pour essayer de comprendre l’attroupement.
On aurait pu croire qu’on célébrait le départ à la retraite de l’un, mais c’était plutôt le parcours vers celle-ci, celui de tous, qu’on célébrait.
FIRE, pour Financial Independance Retire Early
L’acronyme est anglais, mais largement utilisé de façon bilingue pour décrire ce désir de s’affranchir du système, de la roue sans fin du métro-boulot-costco-dodo. La « Rat Race ». Celle qui veut qu’on fasse ce qu’on est censé faire, et qu’on veuille ce que les marketeurs nous font croire vouloir.
Nous étions une centaine attroupés pour célébrer cette quête de tout un chacun, à géométrie variable. J’ai beaucoup entendu les questions :
« Êtes-vous retraités? » posée par des trentenaires, à des trentenaires.
« C’est quoi votre chiffre? » référant au montant de patrimoine estimé nécessaire à l’atteinte de l’indépendance financière.
« C’est quoi ton fonds? » demandant quel fonds de placements l’un achète comme s’il demandait la marque d’une chaussure de marche.
Des questions qui, bien qu’hétérodoxes à bien y penser, suscitaient une curiosité presque unanime. Tous semblaient soulagés d’échapper, ne serait-ce qu’un instant, au rituel consistant à admirer le VUS neuf de quelqu’un, ou à hocher la tête devant les opinions recyclées de proches dont elles constituent la dernière source de prestige social.
C’était plaisant de voir des gens parler d’argent comme on parle de la météo : ouvertement, sans tabou, que des faits mis sur la table sans jugement, mais surtout avec une bienveillance désarmante. Ils venaient d’un peu partout. La plupart ne s’étaient jamais rencontrés ailleurs que sur le Web, mais se déplaçaient pourtant jusqu’à Montréal pour un simple pique-nique dans un parc, un dimanche après-midi à 33º, sans autre raison que de s’encourager les uns les autres et de célébrer l’audace, le courage ou les réussites de parfaits inconnus.
Des parcours et des opinions différents
Le plus beau, dans cette bande de joyeux lurons, c’est que tous ont des parcours, des professions, des historiques, des présents et des futurs différents, mais tous sont acceptés comptants. Face value. Pour ce qu’ils sont et pour leurs ambitions, celles de défricher un chemin autrement impopulaire, marginal. Celles de bâtir une vie qui leur ressemble réellement, non pas pour les autres, mais pour vivre ce dont ils ont réellement envie, et ce, pour longtemps. Pas juste pour quelques années en fin de vie.
Les gens que j’ai croisés dimanche, anciens et nouveaux visages, ont tous eu à un moment cette étincelle, ce moment pivot, qui les a lancés, pour une raison ou une autre, sur cette quête vers l’indépendance financière. L’étincelle s’est enflammée, mais c’est réellement le soutien inconditionnel de cette communauté qui leur souffle sur les braises. Personnellement, c’est ce qui m’a inspiré à écrire et publier ce premier texte en un peu plus de six mois.
À parcourir ce chemin seuls, plusieurs s’abandonneraient sans doute aux diverses pressions. Rassemblés, ce microcosme se soude et s’encourage à faire ce que très peu osent même imaginer : s’affranchir du système et vivre de Liberté.
*****
Illustration générée par l'intelligence artificielle. Idée et texte généré par l'intelligence humaine, corrigé et édité par l'intelligence artificielle (Claude Sonnet 5 via MS Copilot).






Commentaires